9 poèmes sur le bonheur d’Esther GRANEK

31 mai 2019 0 Par Edouard
9 poèmes sur le bonheur d’Esther GRANEK
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GRANEK laissa des œuvres sur le bonheur

Aujourd’hui dans la série poésie, je vous propose de découvrir 9 œuvres de Esther GRANEK, née le 7 avril 1927 à Bruxelles et morte en mai 2016 à Tel Aviv. Après le tumulte de sa vie de déportée durant la Seconde Guerre mondiale elle créa de belles poésies en autodidacte du fait des lois anti-juives durant l’Occupation.

Toi

Toi c’est un mot
Toi c’est une voix
Toi c’est tes yeux et c’est ma joie

Et toi c’est si beau
Toi c’est pour moi
Toi c’est bien là et je n’y crois

Et toi c’est soleil
Toi c’est printemps
Toi c’est merveille de chaque instant

Et toi c’est présent
Toi c’est bonheur
Toi c’est arc-en-ciel dans mon cœur

Et toi c’est distant…
Toi c’est changeant…
Toi c’est rêvant et esquivant…

Et toi c’est pensant…
Toi c’est taisant…
Toi c’est tristesse qui me prend…

Et toi c’est fini.
Fini ? Pourquoi ?
Toi c’est le vide dans mes bras…
Toi c’est mon soleil qui s’en va…
Et moi, je reste, pleurant tout bas.

Esther GRANEK, Ballades et réflexions à ma façon, 1978

Incantation

Que tes yeux faits d’azur et d’ombre,
d’ombre ne trouvent en ton destin.

Que tes ans jamais ne soient sombres.
Qu’y sombrent les esprits malins.

Que tes pas soient comme une danse
où danseront joyeux matins.

Et que ta vie qui commence,
commence ton bonheur et le mien.

Esther GRANEK, Ballades et réflexions à ma façon, 1978

Retrouvez ces poésies et bien d’autres dans son son œuvre Ballades et réflexion à ma façon

Se faire une cuirasse

Je ne veux du bonheur
que plaisirs éphémères
et ces joies passagères
que l’on oublie sur l’heure.

Me suis fait une cuirasse
et me complais dedans.
J’y conjugue au présent.
Elle ne prend nulle trace

J’y conjugue au présent.
Et pourtant sans savoir,
que de choses d’antan
me font mal ! De toutes parts.

Me font mal et me blessent.
Mais je les tiens en laisse !
Et dans ma forteresse,
je ne cesse de m’armer !

Contre quoi ? Contre tout
dans ma cuirasse à trous
où s’installe comme chez soi
ce dont je ne veux pas !

Esther GRANEK, Je cours après mon ombre, 1981

Réalisation

Lorsque j’étais en herbe,
déjà je t’inventais.
Réconfortant. Superbe.
Merveilleux tu serais.

Lorsque je fus en fleur…
Eh bien… je t’attendais…
Je pensais :  » C’est douleur
dont on ne se remet « .

Que simple est le bonheur
lorsqu’on en est pourvu !
Car dès que tu parus
j’oubliai tout ! Sur l’heure !

Esther GRANEK, Je cours après mon ombre, 1981

Retrouvez ces poésies et bien d’autres dans son œuvre Je cours après mon ombre

Regain

Et mes jours et mes nuits
teintés de nostalgie
me répétaient le chant
de mon bonheur enfui.

Et mon chant d’aujourd’hui
comme un regain de vie
s’éveille en fredonnant
le bonheur au présent.

Esther GRANEK, De la pensée aux mots, 1997

Promenade

Un banc, des coteaux,
des fleurs, une treille,
rayons de soleil
me chauffant le dos.
Des troncs noirs et hauts.
Émois du matin…
Que je me sens bien !

Bocages, ramures.
Un toit qui rassure.
Abri où je dure.
Du rêve. Un piano.
Des livres à gogo.
Pour moi un festin !
Que je me sens bien !

Et quittant la rade,
parfois en balade
ou en randonnée,
je prends le sentier,
coeur et pied légers.
Appel quotidien…
Que je me sens bien !

S’allongent les lieues.
Au vent mes cheveux.
Fatigue aux mollets.
Un coin oublié.
Un silence ailé.
Gazouillis soudain…
Que je me sens bien !

Des baies, des épines.
Et l’air qui burine.
Odeurs de résine
et de chèvrefeuille.
Un saut d’écureuil.
Soleil au déclin…
Que je me sens bien !

Chemin du retour.
Rougeoiement du jour.
Et paix alentour.
Au loin en beauté,
mon toit, mon grenier.
En moi un refrain…

Que je me sens bien !…
Que je me sens bien !…

Et que je me sens bien !…

Esther GRANEK, De la pensée aux mots, 1997

Le bonheur

Dans le château de mon enfance
Fait de nuages et d’espérance
Dans ce taudis où je suis né
Où j’ai eu faim sans murmurer
Où s’engouffraient les vents mauvais
Et s’étirait l’aube glacée
Où les jours étaient des années
Je possédais sans le savoir
Encore l’immense don de croire
Que le bonheur est quelque part

Dans la chambre de ma jeunesse
Remplie d’amour et de promesses
De mes idées de mes projets
De mes vieux disques ébréchés
Et de poèmes inachevés
De mes phrases grandiloquentes
Et de mon génie en attente
Dans le printemps de mon ardeur
Je chérissais au fond du cœur
L’espoir d’un immense bonheur

Dans ma maison d’homme de bien
Dans l’acajou et le satin
Qu’on peut caresser de la main
Et se dire tout cela est mien
Dans mes trésors accumulés
Ma fonction parachevée
Dans mes revenus bien placés
Et dans le temps qui s’est enfui
Je cherche encore jusqu’aujourd’hui
Un bonheur qui s’est rétréci

Dans la maison de ma vieillesse
Dans ma demeure aux nombreuses pièces
Seul un petit coin me suffit
Alors errant dans mes lambris
Je voudrais jeter aux cochons
Les perles de ma distinction
Les fers forgés les bois taillés
Les peintures sur toile étalées
Et faire fleurir encore une fois
Ce bonheur qui n’est plus déjà
Qu’un blanc fossile comme moi.

Esther GRANEK, Portraits et chansons sans retouches, 1976

Attente

Cette graine que je tiens
dans le creux de ma main,
qu’en naîtra-t-il demain ?
Un roseau ou un chêne ?
Quelque plante de jardin ?
J’ignore et ne m’en plains.
Mais le cœur me palpite,
sachant qu’en elle habite
une vie qui attend
mon plaisir du moment
et qui dira : présent
pourvu que je lui trouve
bonne terre qui la couve.
Ainsi, bonne graine attend.

Cet amour que tu tiens
dans le creux de ta main,
qu’en naîtra-t-il demain ?
Mon bonheur, ou ma peine ?
Ou mes regrets sans fin ?
Je l’ignore, ô combien.
Mais là, mon coeur se glace
de ne savoir ma place
au destin qui attend
ton plaisir du moment.
Car c’est toi qui choisis,
et c’est moi qui subis.
Bonne chienne qui attend.
Et bon chien s’y entend.

Esther GRANEK, Portraits et chansons sans retouches, 1976

Retrouvez ces poésies et bien d’autres dans son œuvre Portraits et chansons sans retouches

Bien dans sa peau

Paraît que pour être au plus haut
faut se sentir bien dans sa peau.
Si donc nous nous y sentons mal
ça peut nous bouffer le moral
et c’est porte ouverte aux dégâts…
Aussi soyons de notre temps
car qui voudrait tels embarras ?
Solutionnons en nous soignant

Ché pas si j’ai bien expliqué.
P’têt’ qu’un ajout peut y aider…

*
Paraît que pour s’épanouir
avant tout faut se définir.
S’adore-t-on ? Quand ? Et comment ?
Se déteste-t-on mêmement ?
Si c’était les deux à la fois
(car connaît-on ce qu’on engrange ?)
faut en situer les pourquoi
et clarifier un tel mélange.

Ché pas si j’ai bien expliqué.
P’têt’ qu’un ajout peut y aider…

*
Paraît que pour être serein
faut pas jouer au p’tit malin.
N’hésitons pas à exposer
ce qui en nous fut enterré
dans les entrailles du non-dit
depuis peu, ou des décennies,
et qui pourtant respire encore
causant en nous le plus grand tort.

Ché pas si j’ai bien expliqué.
P’têt’ qu’un ajout peut y aider…

*
Paraît que pour tourner le dos
aux dépressions et autres maux,
faut réparer là où ça craque.
Si vous pensez : « J’en ai ma claque.
Je me croyais hier un génie
et moins qu’une merde aujourd’hui »,
pour vous sortir de ce micmac
au plus tôt videz votre sac.

Ché pas si j’ai bien expliqué.
P’têt’ qu’un ajout peut y aider…

*
Paraît que pour s’équilibrer,
en soi autant qu’en société,
les procédés courent les rues.
Y’a qu’à mettre son âme à nu
et décortiquer sa substance.
L’implication de mille traits
s’entremêlant en permanence
ne devrait pas vous affoler…

Ché pas si j’ai bien expliqué.
P’têt’ qu’un ajout… ?

Esther GRANEK, Synthèses, 2009

Retrouvez également les œuvres de S. PRUDHOMME et R. VIVIEN (cliquez sur les noms)

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Poèmes autour du bonheur d'Esther GRANEK
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